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Lire ou relire Matin Brun

matin-brunJ’avais écrit cet article en mai 2007. Je ne pensais pas qu’il serait à nouveau d’une brûlante actualité 8 ans plus tard. Je le publie donc à nouveau…

Par les temps qui courent, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger (ou replonger) dans une nouvelle de Franck Pavloff, « Matin Brun ».

Et pour vous convaincre, en voici le début…
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Un mardi sur son 31 : Vivement l’avenir

Et oui, c’est pavivement-l-avenir.jpgs parce que c’est férié que ce n’est pas mardi… Et  aujourd’hui, j’ai une jolie pépite de livre à vous présenter ! Et même, pour la peine, ce ne sera pas une phrase, mais deux que je vais vous citer.

 » Il y a Vanessa, son fond de teint en couche, son rimmel impeccable, ses escarpins vernis qu’elle laisse dans son casier aux heures de travail, et ses ongles rongés. Vanessa qui attend chaque soir son fiancé, mais qui certains soirs rentre à pied, en se tordant les chevilles sur les graviers du bas-côté, parce qu’il l’oublie, parfois, ou bien qu’il a trop bu, ou qu’il lui fait la gueule.  »

Cette pépite, c’est un livre de Marie Sabine Roger, dont j’avais déjà adoré « La Tête en Friche » . celui ci s’appelle « Vivement l’avenir » et je ne parviens même pas à comprendre pourquoi je l’ai oublié un an dans ma P.A.L…

A nouveau Marie Sabine Roger nous scotche dès la première page, et nous fait aimer ses personnages déglingués. Palmarès du déglingué pour Gérard qui « doit peser 35 kg tout habillé, avec son jean qui flotte sur ses jambes arquées, son pull marron trop grand, ses pantoufles élimées… Il ne tient pas debout, il essaie seulement de garder l’équilibre. Il avance comme ces vieux jouets mécaniques qu’on trouve aux puces. Il a l’air bricolé, fait de plusieurs morceaux. Mais pourtant il est là. Et il sait plein de choses. »

Gérard qui a du mal à parler à cause de son palais déformé mais qui connaît plein de poésies…

 » E hou he sschafonpa ssche keu ssch’est keula-‘mhour… » Allez, je vous aide, c’est : et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour, dit par Gérard.

Alex, de passage par nature, Cédric et son pote Le Mérou vont se rencontrer par hasard, et ce hasard va changer leur vie, ainsi que celle de Gérard.

La tendresse qu’a Marie Sabine Roger pour ses personnages est contagieuse, et je suis sortie de ce livre avec des étoiles plein les yeux…

Et un dernier extrait, pour le plaisir, dédié à celui qui s’y reconnaîtra…

 » Une fille amoureuse, elle peut tout encaisser ou presque. Elle peut tremper de larmes des paquets de kleenex et regarder quand même son copain avec au fond des yeux ces lumières magiques qui l’éclairent autrement, arrivent à lui faire croire qu’il est super-intelligent, irremplaçable, unique au monde. Parce que, tant qu’elle l’aime, elle y croit, elle aussi.  »

Le mardi sur son 31 : La trace

Une jolie idée relayée par Za, que je m’empresse d’adopter pour redonner un peu de vie à ce pauvre blog, qui souffre de la concurrence déloyale de mon boulot…

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Ainsi donc tous les mardi, ou plutôt, certains mardi où j’aurai un peu de temps, j’ouvrirai le livre que je suis en train de lire à la page 31 et je choisirai une phrase de cette page. L’occasion de parler de ce que je lis, de partager une coup de coeur, une émotion, une découverte.

En ce moment je lis  La trace de Richard Collasse, en édition de poche. Je n’en suis encore qu’à la page 98, mais en le rouvrant à la page 31 pour cet article, j’ai été surprise de dévouvrir que c’est justement l’une des scènes qui m’avaient frappées par sa sensualité et son étrangeté.

 » Le kimono glissa doucement sur les épaules sensuelles, la lumière tamisée soulignant l’ombre des seins menus, une main descendit vers le ventre plat, le pubis et le sexe dont chaque détail était comme ciselé sur le dépoli de la paroi de papier, et se lança dans un ballet d’hirondelle au crépuscule.  »

Et vous, que lisez-vous ?

 

 

Ecrire…

 poisson-scorpion.jpgNicolas Bouvier : je sais bien que je ne suis pas seule à aimer d’amour tout ce qu’il a écrit, mais si par hasard certains d’entre vous ne le connaissaient pas, ce serait dommage de ne pas leur donner l’occasion de le découvrir…

Voici donc, dénichées dans le poisson scorpion quelques lignes où il raconte la façon dont l’inspiration et les mots lui viennent. Je n’ai pas son talent, mais je reconnais tant de choses dans son texte que je ne résiste pas au plaisir de vous le citer.

Et si vous pensez que j’interromps ainsi mon cycle sri-lankais, détrompez-vous… Dans le Poisson Scorpion, Nicolas Bouvier fait le récit de son séjour à Ceylan (plus précisémement à Galle) au début des années 50. Et bien sûr, ce livre m’a accompagné dans mon voyage.

 » … dormi deux heures, relu, corrigé, puis balade nocturne à l’heure où la ville est silencieuse et belle dans son étourdissante odeur de jasmin avec, dans ma chemise, un plan du texte de la taille d’une affiche. Etapes en escalier dans les gargotes encore ouvertes supprimant, reliant, affinant à perdre haleine avec le sentiment d’être un assassin qui affûte un couteau. Trouvant un raccourci accroupi sur le seau des toilettes, un adjectif dans le miroir à barbe, ici et là – en arpentant ma chambre – un mot comme un oeuf frais pondu dans la paille, un sous-titre tandis qu’un vere m’échappe et se brise, un éclairage à cause de la dégringolade de harpe bouddhique dans les hauts-parleurs de la rue. La journée entrant dans le texte comme dans un laminoir. Ici et là une heure d’anglais pour changer les idées qui n’en voulaient rien, chaque mot me renvoyant à un visage, une odeur, un écho… »

Les merveilleux déglingos de Fred Vargas

J’ai déjà dû vous bassiner avec l’histoire de ma rencontre avec Fred Vargas. Pas en personne, hélas, mais avec son oeuvre, et c’est déjà énorme.

C’était « L’Homme à l’Envers » et je l’ai lu d’une traite. Et comme ça m’était déjà arrivé pour Daniel Pennac, je me suis ruée à la librairie la plus proche, et j’ai acheté TOUS ses livres.

Quelques soirées de bonheur plus tard (à l’exception de « Ceux qui vont mourir te saluent » que je n’ai même pas réussi à finir) et il ne me restait plus qu’à attendre la suite des aventures de Jean-Baptiste Adamsberg et cie.

Au fil des livres, j’en ai appris plus sur lui, j’ai vu s’éloigner le petit groupe des archéologues / historiens (message à Fred Vargas : j’aimais beaucoup ces évangélistes, quand est-ce qu’on les revoit ?), se développer les personnages hors du commun de la brigade.

fred-vargas.jpgComme le dit Adamsberg dans le dernier opus livré  » L’Armée Furieuse », « parmi mes hommes, il y a un hypersomniaque qui s’écroule sans crier gare, un zoologue spécialiste des poissons, de rivière surtout, une boulimique qui disparaît pour faire ses provisions, un vieux héron versé dans les contes et légendes, un monstre de savoir collé au vin blanc et tout à l’avenant.  »

Dans le petit monde de Fred Vargas, personne n’est normal au sens où on l’entend habituellement (mais qu’est-ce que la normalité ?). Dans L’Armée Furieuse, elle s’en donne à coeur joie.

A commencer par les 4 frères et soeurs Vendermot, Hippolythe qui parle à l’envers, Lina qui voit passer les futurs morts, Antonin, le garçon d’argile et Martin qui ne mange que des insectes. Et ne parlons pas de Léo, du capitaine Emeri (descendant par la main gauche du maréchal Davout et à qui cet héritage ne fait pas que du bien)…

Certains opus récents de Fred Vargas m’avaient déçus. L’Armée Furieuse rachète ces déceptions au centuple. Déjà, au lieu d’une histoire, d’un suspense, d’une enquête, nous en avons deux !

Je ne vous dévoilerai rien, ce serait dommage de vous gâcher le plaisir. Mais faîtes moi plaisir, lisez-le et revenez me dire ce que vous en avez pensé.