Archives pour la catégorie Bonnes feuilles

Lire ou relire Matin Brun

matin-brunJ’avais écrit cet article en mai 2007. Je ne pensais pas qu’il serait à nouveau d’une brûlante actualité 8 ans plus tard. Je le publie donc à nouveau…

Par les temps qui courent, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger (ou replonger) dans une nouvelle de Franck Pavloff, « Matin Brun ».

Et pour vous convaincre, en voici le début…
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Un mardi sur son 31 : Vivement l’avenir

Et oui, c’est pavivement-l-avenir.jpgs parce que c’est férié que ce n’est pas mardi… Et  aujourd’hui, j’ai une jolie pépite de livre à vous présenter ! Et même, pour la peine, ce ne sera pas une phrase, mais deux que je vais vous citer.

 » Il y a Vanessa, son fond de teint en couche, son rimmel impeccable, ses escarpins vernis qu’elle laisse dans son casier aux heures de travail, et ses ongles rongés. Vanessa qui attend chaque soir son fiancé, mais qui certains soirs rentre à pied, en se tordant les chevilles sur les graviers du bas-côté, parce qu’il l’oublie, parfois, ou bien qu’il a trop bu, ou qu’il lui fait la gueule.  »

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Le mardi sur son 31 : La trace

Une jolie idée relayée par Za, que je m’empresse d’adopter pour redonner un peu de vie à ce pauvre blog, qui souffre de la concurrence déloyale de mon boulot…

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Ainsi donc tous les mardi, ou plutôt, certains mardi où j’aurai un peu de temps, j’ouvrirai le livre que je suis en train de lire à la page 31 et je choisirai une phrase de cette page. L’occasion de parler de ce que je lis, de partager une coup de coeur, une émotion, une découverte.

En ce moment je lis  La trace de Richard Collasse, en édition de poche. Je n’en suis encore qu’à la page 98, mais en le rouvrant à la page 31 pour cet article, j’ai été surprise de dévouvrir que c’est justement l’une des scènes qui m’avaient frappées par sa sensualité et son étrangeté.

 » Le kimono glissa doucement sur les épaules sensuelles, la lumière tamisée soulignant l’ombre des seins menus, une main descendit vers le ventre plat, le pubis et le sexe dont chaque détail était comme ciselé sur le dépoli de la paroi de papier, et se lança dans un ballet d’hirondelle au crépuscule.  »

Et vous, que lisez-vous ?

 

 

Ecrire…

poisson-scorpion.jpgNicolas Bouvier : je sais bien que je ne suis pas seule à aimer d’amour tout ce qu’il a écrit, mais si par hasard certains d’entre vous ne le connaissaient pas, ce serait dommage de ne pas leur donner l’occasion de le découvrir…

Voici donc, dénichées dans le poisson scorpion quelques lignes où il raconte la façon dont l’inspiration et les mots lui viennent. Je n’ai pas son talent, mais je reconnais tant de choses dans son texte que je ne résiste pas au plaisir de vous le citer.

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Les merveilleux déglingos de Fred Vargas

J’ai déjà dû vous bassiner avec l’histoire de ma rencontre avec Fred Vargas. Pas en personne, hélas, mais avec son oeuvre, et c’est déjà énorme.

C’était « L’Homme à l’Envers » et je l’ai lu d’une traite. Et comme ça m’était déjà arrivé pour Daniel Pennac, je me suis ruée à la librairie la plus proche, et j’ai acheté TOUS ses livres.

Quelques soirées de bonheur plus tard (à l’exception de « Ceux qui vont mourir te saluent » que je n’ai même pas réussi à finir) et il ne me restait plus qu’à attendre la suite des aventures de Jean-Baptiste Adamsberg et cie.

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Quinze Auteurs…

Balthus_Lectrice1Relayé par Zette, un petit jeu qui tourne de blogs en blogs : citer, sans trop réfléchir, les quinze premiers auteurs qui vous viennent à l’esprit !

Et répondre, soit en commentaire de cet article, soit par un post sur votre propre blog, en m’envoyant le lien.

Alors à moi de jouer, et sans réfléchir du tout (c’est dur pour moi, parce qu’avec les années, Alzheimer est de plus plus présent, et que je sais parfaitement qu’à peine aurais-je diffusé ce post que j’aurai des regrets !), et sans aller consulter ma bibliothèque :

-Victor Hugo

-William Styron

-Pat Conroy

-Anna Gavalda

-Guy Gavriel Kay

-Robin Hobb

-Emile Zola

-Jonathan Swift

-Michel Houellebec

-Fred Vargas

-Tracy Chevalier

-Claude Ponti

-Daniel Pennac

-Roald Dahl

-Barbara Hambly

lectrice-fragonard.jpgAutrement dit, un peu tout et n’importe quoi, et dans l’ordre où ça m’est venu… Un peu de classique, beaucoup de Fantasy, je ne suis pas forcément inconditionnelle de tous ces auteurs, mais il y a au moins un livre de chacun d’entre eux qui a fait partie de mes livres préférés. 10 hommes, 5 femmes, j’ai du mal à respecter la parité…

Et n’hésitez pas à faire des commentaires sur ma sélection… Critiques, remarques, conseils, tout ça, c’est l’occasion de parler de livres et c’est toujours une bonne idée !

Under Heaven

Sitôt publié, sitôt enunder-heaven.jpgtre mes mains… Le onzième roman de Guy Gavriel Kay est sorti il y a quelques jours !

Situé cette fois dans un univers inspiré par la dynastie Tang du VIII° siècle chinois, ce roman est éblouissant, mêlant les destinées individuelles, la poésie, l’histoire.

Pour ainsi dire, rien de « fantastique » dans ce roman d’un auteur de Fantasy, rien de pesant, de didactique non plus, juste une histoire forte, et des personnages qui continuent à vous hanter longtemps après avoir refermé le livre.

J’avais moins aimé Ysabel, le précédent livre de GGK, mais avec « Under Heaven » le romancier revient à un livre aussi palpitant, prenant et original que « The Last light of the Sun« .

Je ne vous raconte pas l’histoire, mais vous ne serez pas déçu.

Note à mes lecteurs non anglophones : forcément, je l’ai lu en anglais… Mais patience, d’ici quelques mois, vu le succès précédent d’Ysabel, la version française devrait sortir. Et si, comme pour ses livres précédents la traduction est toujours d‘Elisabeth Vonarburg, vous allez vous régaler. Enfin un traducteur qui sait écrire… Normal puisqu’il s’agit d’un écrivain – traducteur.

En cherchant une éventuelle date de publication en français, je suis tombée sur un article de wikipedia sur le concept de « Tianxia », « Under heaven », ou « Tout ce qui est sous le ciel ». Comme je trouve ça intéressant, j’en retranscris une partie.

«Sous le ciel » (chinois : 天下, Pinyin : tiān xià) est un nom que les Chinois donnaient à la Chine à l’époque impériale. C’est un concept selon lequel la Chine exercerait un pouvoir sur le reste du monde, peuplé de « barbares ».
Le caractère 天 peut être traduit par « ciel » ou « paradis » et 下 par « en dessous » ou « bas ». L’expression, en plus de sa signification littérale, est utilisé par la population chinoise pour désigner le monde, à savoir tout ce qui est terrestre. Dans ce contexte, il peut donc être compris et traduit par « Tout ce qui se trouve en dessous des cieux ». Du temps des empereurs de Chine, ceux-ci étaient nommés « maître de tout ce qui se trouve sous le ciel».

L’expression revient sous une forme ou une autre tout au long du roman.

GGK est aussi un poète, et la poésie joue un grand rôle dans ce livre.

« I remember my careless maiden time
I did not understand the world and its ways
Until I wed you, a man of the Great River.
Now on river sands I wait for the wind to change.

And when, as summer begins, the winds are fair
I think, husband, you will soon be here.
Autumn comes, the west wind whistles,
I know you cannot come to me.»

Ce qui traduit par moi sans talent donne :

« Je me souviens, dans l’insouciance de ma jeunesse
Je ne comprenais pas le monde, comment il tourne,
Jusqu’à toi, mon mari, venu de la Rivière
Maintenant, sur la berge, j’attends que le vent change

Au début de l’été, dans la brise si douce
Je pense, O mon époux, tu seras là bientôt.
Arrive l’automne, siffle le vent d’ouest
Je sais que tu ne peux pas me revenir.»

Du beau et du laid tétin…

Je dois à Pascal (que je remercie) la découverte d’une face cachée de la poésie de la Renaissance, de Clément Marot en l’occurrence.
clement marotClément Marot, qui fut toute sa vie amoureux des femmes, inventa une nouvelle forme de poèmes : le blason, dont l’exemple le plus connu est « Le Blason du Beau Tétin » écrit en 1535.

Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fais honte à la rose,
Tétin plus beau que nulle chose
Tétin dur, non pas Tétin, voire,
Mais petite boule d’ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise, ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu’il est ainsi.
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller.
Tétin gauche, Tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Du demeurant du personnage.
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir
Mais il se faut bien contenir
D’en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie
gabrielledestrees

Le genre eut un tel succès que les blasons fleurirent de toutes parts… Est-ce en réaction, ou s’était-il fâché avec sa belle ? Il écrivit  » Le Blason du Laid Tétin « , qui bien que franchement hilarant ne connut pas le même succès… Jugez vous mêmes !

Tetin, qui n’as rien, que la peau,
Tetin flac, tetin de drapeau,
Grand’ Tetine, longue Tetasse,
Tetin, doy-je dire bezasse ?
Tetin au grand vilain bout noir,
Comme celuy d’un entonnoir,
Tetin, qui brimballe à tous coups
Sans estre esbranlé, ne secoux,
Bien se peult vanter, qui te taste
D’avoir mys la main à la paste.

Tetin grillé, Tetin pendant,
Tetin flestry, Tetin rendant
Vilaine bourbe au lieu de laict,
Le Diable te feit bien si laid :
Tetin pour trippe reputé,
Tetin, ce cuydé-je, emprunté,
Ou desrobé en quelcque sorte
De quelque vieille Chievre morte.

Tetin propre pour en Enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer :
Tetin boyau long d’une gaule,
Tetasse à jeter sur l’epaule
Pour faire (tout bien compassé)
Ung chapperon du temps passé ;
Quand on te voyt, il vient à maints
Une envye dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
Va, grand vilain Tetin puant,
Tu fourniroys bien en suant
De civettes et de parfums
Pour faire cent mille deffunctz.
Tetin de laydeur despiteuse,
Tetin, dont Nature est honteuse,
Tetin des vilains le plus brave,
Tetin, dont le bout tousjours bave,
Tetin faict de poix et de glus :
Bren ma plume, n’en parlez plus,
Laissez-le là, veintre sainct George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

J’ai préféré de pas mettre d’illustration pour le laid tétin…

Pour ceux que ça amuse, ce « contre-blason » a été mis en musique par Jacob Clemens non papa, et chanté par Dominique Visse et l’ensemble Clément Janequin.

Résonnances…

A quelques mois d’induneton.jpgtervalle, deux livres passionnants sur des sujets presque identiques.

De Claude Duneton, « La Dame de l’Argonaute », et de Tracy Chevalier « Remarkable Creatures ».

L’histoire de Lili Villepreux et celle de Mary Anning. Toutes deux, l’une dans la France de l’Empire, et l’autre dans l’Angleterre de la même époque, parviendront, bien que rien ne les y prédestine, à une importante renommée dans le domaine des sciences, chasse gardée des hommes de cette époque.

Avec sa verve habituelle, Claude Duneton nous fait revivre le parcours insolite de cette jeune paysanne corrézienne, montée à Paris pour y devenir domestique. Grâce – ou à cause – d’un accident de parcours que je vous laisse découvrir, elle sera brodeuse de grand talent, brodera la robe de mariée de Marie Caroline de Sicile, épousera un riche armateur anglais, partira vivre en Sicile et consacrera la dernière partie de sa vie avetracy.jpgntureuse à étudier l’argonaute, bestiole marine dont j’ignorais jusqu’à l’existence…

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un extrait de la description de l’argonaute trouvée sur le site de Port Cros :  » Le mâle, très petit (2 cm max. de longueur totale) a la faculté d’introduire puis de laisser son bras copulateur à l’intérieur de la femelle.  »

Argonaute.jpg

Tout est vrai, tout est palpitant, et comme toujours merveilleusement documenté…

A la même époque, mais de l’autre côté de la Manche, Mary Anning ne sait encore ni lire ni écrire, mais à 12 ans elle découvre le premier fossile d’ichtyosaure, et cette découverte mettra à mal la théorie dominante de l’immuabilité des espèces, créées par Dieu en 6 jours et inchangées depuis.

La vie de Mary ne sera pas facile, elle sera en butte à l’intolérance religieuse, à la misogynie importante des scientifiques de l’époque, on lui volera ses découvertes, et elle mourra à 47 ans d’un cancer. Cependant, ses découvertes de plusieurs fossiles d’espèces marines disparues aideront à faire évoluer les mentalités et la science elle même.

A ma connaissance le livre de Tracy Chevalier n’a pas encore été traduit en français. Il se lit facilement en anglais, à part le vocabulaire technique qui m’aurait été tout aussi hermétique en français…

plesiosaure2.jpg

Un des plésiosaures découverts par Mary.

Entre innocence et expérience

Je termine un nouveaburningbright.jpgu merveilleux bouquin de Tracy Chevalier, dont je découvre à l’instant qu’il a été traduit en français sous le titre « L’innocence ».Bon, c’est pas pour frimer, mais je l’ai lu en anglais, et je suis bien contente, mes relations avec les traducteurs n’étant pas toujours au beau fixe… Donc en anglais, ça s’appelle « Burning Bright » et ça ressemble à ça.

Le titre vient d’un poème de William Blake, l’un des personnages les plus marquants du roman, mais commençons par le commencement…

Dans le Londres de la toute fin du XVIII° siècle arrive la famille Kellaway, quittant son Dorset natal pour fuir le souvenir de la mort d’un enfant. Pour eux tout est un choc, l’absence de nature, la foule, le fog, l’anonymat de la ville …

Je ne vais pas tout vous raconter, mais si je vous dis qu’un cirque tient une grande place dans le livre, vous ne serez pas étonnés, surtout si vous avez regardé la couverture !

Tout dans ce livre est un enchantement : la minutie avec laquelle Tracy Chevalier nous donne à voir, entendre, presque sentir et palper, l’histoire, bien sûr, les personnages si attachants, surtout Jem, Maggie et Maisie, entre enfance et adolescence, entre innocence et expérience. L’occasion aussi pour moi de faire la connaissance de William Blake. Personnage secondaire et pourtant central du livre, cet artiste illuminé composait poèmes et chansons, peignait, gravait, et imprimait lui même ses livres avec une technique originale : il écrivait à l’envers sur des plaques de cuivre et les ornait de ses dessins qu’il reproduisait ainsi. Le résultat est étonnant, si moderne qu’on a du mal à penser qu’il est mort en 1827.

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Là c’est Dieu, au cas où vous ne l’auriez pas deviné… Et ci dessous, le tigre, avec le poème d’où est tiré le titre du livre.

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Dans ce Londres angoissé par la révolution française et secoué par la terreur anti-jacobine, cet artiste radical qui refusait la morale chrétienne et le dogmatisme religieux n’aura pas la vie facile. Le livre se situe entre la publication de ses « Songs of Innocence » et de ses « Songs of Experience ».

L’occasion aussi de nous souvenir que la vie n’était pas si facile en ce temps là. Qu’à 14 ans les gamines passaient près de 60 h par semaine dans des usines de moutarde (ou autres) qui leur détruisaient sinus et poumons, qu’un premier amour menait presque toujours à une grossesse non désirée et à la ruine de toute une vie, que si ta maison brûlait tu n’avais plus rien, et qu’on mourrait encore de faim.

Mais surtout, un merveilleux roman, d’une grande richesse, qui nous laisse le regret de l’avoir déjà fini, les larmes aux yeux souvent, et une fenêtre ouverte sur de nouveaux horizons.

Pour terminer, une citation de William Blake, qui influencera Aldous Huxley aussi bien que les Doors :

 » If the doors of perception were cleansed everything would appear to man as it is, infinite »

« Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l’homme comme elle est, infinie »